La laïcité

La laïcité :

La première apparition de la laïcité était en France où les institutions indépendantes de la domination des organisations religieuses ont été appelées ”les institutions laïques”. L’institution religieuse en France signifiait l’Église catholique, donc la laïcité n’était pas une lutte contre le christianisme, mais une lutte contre l’Église [1] qui prétendait avoir le pouvoir absolu dans la nomination du roi, le gouvernement, les dirigeants et le recrutement du personnel, elle prétendait qu’elle agissait au nom de Dieu ! [2]

L’Église conserve encore une partie de ce pouvoir, encore moins, où l’Église appelle la personne qui remporte l’élection présidentielle pour la prestation de serment.

L’histoire française est pleine d’histoires de lutte contre l’Eglise, les efforts pour briser la domination de l’Église sur l’État ont commencé au XIVe siècle [3].

La preuve qui confirme que la laïcité n’était pas contre la religion était la Charte des droits de l’homme et du citoyen, préparée par les membres de l’Assemblée constituante en France en 1789, cette charte qui stipule à l’article X :

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi [4].

Cette Charte est devenue la première partie de la Constitution française promulguée en 1791, cette constitution était destinée, parmi ses objectifs, à mettre fin aux privilèges de l’Église catholique, à l’égalité entre les protestants, juifs et laïcs (non religieux) et à l’égalité entre toutes les religions sous le parapluie de la “liberté de religion” [5] parce que l’église ne reconnaissait pas le droit à la vie aux adeptes d’autres religions !

Ces phrases mentionnées dans l’introduction de la déclaration pour souligner l’importance de la liberté humaine : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur de tous. »

Donc, les membres de l’Assemblée Nationale ont signé cette charte parce qu’ils estimaient que le manque de connaissance des droits de l’homme et l’oubli de ces droits étaient la seule raison qui poussa les gens dans la misère et qui a conduit à la corruption des gouvernements.

La liberté a été identifiée dans le quatrième point de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’année 1789 (c’était l’année de la révolution française), la charte contient une clause qui empêche l’identification de la liberté en vertu de la loi.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Art. 5. La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

En Turquie aussi, la laïcité n’est pas contre la religion selon les documents officiels Comme indiqué dans la section II de la Constitution : ”La République de Turquie est un Etat de droit démocratique, laïc et social, respectueux des droits de l’homme dans un esprit de paix sociale, de solidarité nationale et de justice, attaché au nationalisme d’Atatürk et s’appuyant sur les principes fondamentaux exprimés dans le préambule”.

Donc, la laïcité est une caractéristique de l’Etat turc et elle a un autre avantage qu’elle respecte les droits de l’homme.

Le Vingt-quatrième point de la constitution permet à chaque citoyen la liberté d’opinion, de croyance et de conviction, c’est-à-dire que la Constitution accepte que la laïcité soit une caractéristique de l’Etat et que le citoyen ait le droit d’être religieux.

L’article vingt-sixième de la Constitution donne aux citoyens la liberté d’expression sous toutes ses formes. L’article en question a été publié comme suit : ”Chacun possède le droit d’exprimer, individuellement ou collectivement, sa pensée et ses opinions et de les propager oralement, par écrit, par image ou par d’autres voies. Cette liberté comprend également la faculté de se procurer ou de livrer des idées ou des informations en dehors de toute intervention des autorités officielles. La disposition de cet alinéa ne fait pas obstacle à l’instauration d’un régime d’autorisation en ce qui concerne les émissions par radio, télévision, cinéma ou autres moyens similaires.”

Il est naturel que la Constitution soit ainsi. En effet, le texte de l’article XVI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dit : “Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution”.

Ainsi que la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations Unies (10 Décembre 1948) stipule que tout le monde a le droit à la liberté de pensée, de croyance et de religion. Cette déclaration ne dépouille pas la religion de la sphère sociale, du gouvernement, ni d’autres domaines de la vie parce que personne ne s’imagine qu’un homme se libère de sa foi dans tout cas peu importe quoi.

Celui qui a une foi, il ne laissera certainement pas les commandes de sa foi pour appliquer les commandes d’un autre être humain, mais s’il était forcé, il résisterait secrètement ou ouvertement. Ceci est également indiqué dans l’introduction de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen ; et conduirait à la “pauvreté du citoyen et à la corruption du gouvernement.”

L’Article XVIII de la Déclaration universelle des droits de l’homme prévoit que : ”Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.”

Comme indiqué dans l’introduction de la Constitution de la république de Turquie : “Selon les principes de la laïcité, il est strictement interdit de se mélanger entre les sentiments religieux sacrés et les affaires de l’Etat ou de la politique”.

Cela signifie que la prestation de services aux citoyens ne doit pas être selon les croyances religieuses. En fait, c’est un commandement ordonné par l’Islam qui est une religion sans précédent dans cette catégorie, qui ne fait aucune distinction entre les personnes, dans sa relation avec elles et ceci quelles que soient leurs croyances religieuses.

Sur la base de tout ce qui précède, la laïcité n’est pas contre la religion, mais en même temps elle n’accepte pas que l’État soit sous le contrôle des organisations et des institutions religieuses. Dans l’Islam, les institutions, quelles qu’elles soient, ne peuvent pas contrôler l’état, contrairement à l’Eglise chrétienne où la lutte contre l’église a continué pour la laïcité en France. Depuis plusieurs siècles cette lutte a causé beaucoup d’événements sanglants.

Quand la laïcité est acceptée comme un système dans la République turque, les institutions religieuses n’ont montré aucune réaction indésirable, car aucune institution religieuse dans l’islam ne peut commander l’état, c’est pour cette raison qu’il n’y a aucun conflit dans ce cas entre l’Islam et la laïcité.

On ne trouve pas de prêtres en Islam et personne ne peut faire de cette religion un moyen de dominer les gens, les mosquées ne dominaient pas l’État, comme l’église l’a fait, l’islam n’accepte pas la contrainte dans la foi selon le verset coranique suivant : « Que celui qui le veut, croie, et que celui qui le veut, mécroie. » Al-Kahf (18:29)

L’appartenance à l’Islam de toute personne ne nécessite pas l’approbation d’institution ou d’une organisation religieuse et elle n’a pas besoin de rituels religieux comme le baptême par exemple. En Islam, les personnes et les savants n’agissent pas au nom de Dieu. L’Islam n’a imposé aucune condition, car l’islam est une affaire individuelle, la religion est la foi et la foi vient des profondeurs du cœur qui est le lieu de la liberté de l’homme. Dieu seul sait ce qui est dans le cœur de la foi, donc il n’y a pas de contrainte en religion, mais l’émergence de certains qui croient que la laïcité est l’alternative à l’islam et qu’elle est contre la religion, ceci est la racine du problème !

En Turquie, par exemple, il y a un grand nombre d’athées qui n’acceptent pas toutes les religions, il y a aussi certaines personnes qui n’acceptent de la religion que ce qu’elles aiment et tout ce qui convient à leurs caprices ; ces personnes sont les propriétaires du pouvoir et de l’influence dans la communauté, les laïcs croient que tout ce qui touche à la religion est contraire à la laïcité, tandis que ceux qui veulent avoir une religion selon leurs caprices ont fait la laïcité contre la religion plutôt que d’être contre les institutions religieuses qui dominent l’état !

Ceux qui croient que les ordres de Dieu concernant l’organisation de la vie sociale et administrative ne doivent pas être appliqués se considèrent les propriétaires du pouvoir et de l’influence, ils ne le disent pas publiquement mais cela est clairement compris par leurs comportements. Ils rejettent la critique de leurs décisions et de leurs pratiques qui sont contraires à la religion, même si elles sont liées à des questions privées.

Nous comprenons par leurs paroles et leurs actions que les ordres religieux qui sont contraires à leurs points de vue doivent être modifiés ou annulés, ils ne respectent de la religion que les choses qui sont en rapport avec leur propre compréhension, ils se considèrent comme la source de la décision dans la religion islamique et refusent les ordres du Coran, de la Sunna et des savants religieux. Nous ne pouvons pas être religieux selon leurs imaginations sauf dans la mesure où ils nous le permettent !

Il n’est pas facile de débattre avec ces personnes-là qui veulent limiter la religion seulement dans le contexte de leurs intérêts personnels, surtout si cette religion est l’Islam, et on peut dire que l’opposition à l’islam sera comme l’opposition à toutes les valeurs universelles parce que l’Islam est en harmonie avec la nature humaine, avec la vie sociale et avec toutes les valeurs universelles. L’Islam est la religion de Dieu qui a mis ces valeurs au service de l’humanité.

Nous lisons dans le Coran : « Soumets-toi donc humblement à la Religion, en pur croyant, selon la nature dont Dieu a doté les hommes en les créant. La création de Dieu n’admet pas de changement. Telle est la Religion immuable, mais la plupart des hommes ne savent pas. » Al-Rum (30:30)

Quand on parle de la définition de la laïcité, des droits de l’homme et des valeurs universelles adoptées dans la Constitution et la loi, ils ne les acceptent pas sous prétexte que les circonstances particulières du pays ne le permettent pas !

En fait, la laïcité est une caractéristique de l’Etat, mais ceux qui font la laïcité comme une caractéristique qui sert leurs intérêts disent : “Je suis laïc et vous n’êtes pas laïcs”, ou ils disent des mots semblables, ils essaient de différencier les gens par “laïc et non laïc” !

Il n’y a aucun doute qu’ils ont mauvaise conscience, nous voyons parfois certains d’entre eux qui admettent qu’ils ont fait des choses qui n’étaient pas justes, en fait ils l’admettent seulement pour soulager leur conscience !

On peut dire que les idées fausses sont la cause de tous ces problèmes, mais il n’y a aucun doute que la résistance contre de telles idées, par des données probantes irréfutables et des valeurs morales, sera la plus influente parce que celui qui combattra contre la vérité et contre les valeurs est sans aucun doute vaincu avant le début de la bataille, et ceux qui appellent avec sincérité au droit et aux valeurs universelles trouveront le succès très rapidement.


[1] Encyclopédie Larousse de gros, matériel: laïque.

[2] Gunay Tomer, Abdul Rahman Kucuk, l’histoire des religions, Ankara, 1993. P. 256.

[3] Encyclopédie Larousse de gros, matériel: laïque.

[4] Encyclopédie Larousse de gros, matériel: homme.

[5] M. saiid Khatib Ihsanoglu, Journal d’étude islamique, c. 3 / nombre. 3. Ankara 1989. P. 102.

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Date: Aug 2, 2014

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