Le verset 26 de la sourate An-Nûr est souvent cité dans les discussions sur la pureté morale, la réputation et les relations entre les hommes et les femmes. Pourtant, sa portée mérite une réflexion attentive, notamment lorsqu’on le replace dans le contexte des versets précédents, consacrés à la calomnie et à la protection de l’honneur des personnes.
Allah dit :
« Les mauvaises femmes aux mauvais hommes, et les mauvais hommes aux mauvaises femmes. De même, les bonnes femmes aux bons hommes, et les bons hommes aux bonnes femmes. Ceux-là sont innocents de ce que les autres disent. Ils ont un pardon et une récompense généreuse. »
(Coran, 24:26 — traduction du sens)
Ce verset nous invite à méditer plusieurs enseignements essentiels.
1. La réputation d’une personne ne doit pas être détruite par des accusations.
Les versets précédents de la sourate An-Nûr condamnent sévèrement la calomnie et les accusations portées sans preuves. Le verset 26 s’inscrit dans cette séquence et évoque notamment l’innocence de personnes injustement mises en cause.
Il nous rappelle qu’une accusation ne devient pas vraie simplement parce qu’elle est répétée, partagée ou acceptée par une partie de la société.
2. Les paroles des autres ne déterminent pas nécessairement notre valeur morale.
La fin du verset souligne que les personnes évoquées sont innocentes de ce que les autres disent à leur sujet.
Cette idée est fondamentale : la dignité d’une personne ne peut être réduite aux rumeurs qui circulent sur elle. Le jugement collectif peut être injuste, et la vérité ne se confond pas avec la popularité d’une accusation.
3. La pureté morale ne se juge pas uniquement aux apparences.
Le verset associe les personnes mauvaises aux personnes mauvaises, et les personnes bonnes aux personnes bonnes. Cette formulation a donné lieu à différentes interprétations chez les commentateurs : certains l’ont comprise en rapport avec les personnes et les relations conjugales, d’autres en rapport avec les paroles, les actes et les discours.
Il convient donc de ne pas réduire ce verset à une formule simpliste selon laquelle chaque personne serait nécessairement le reflet moral de son conjoint.
4. Une personne ne doit pas être condamnée sans discernement.
Le contexte de la sourate invite à la prudence face aux accusations qui touchent à l’honneur et à la chasteté. Il serait contraire à cet enseignement de transformer le verset en instrument permettant de soupçonner quelqu’un, de condamner un couple ou de prétendre connaître la valeur morale d’une personne à partir de simples apparences.
La justice exige de distinguer les faits établis des rumeurs et les actes réels des jugements précipités.
5. Le pardon et la récompense divine dépassent le jugement humain.
Le verset se termine en évoquant le pardon et une généreuse récompense. Cette conclusion rappelle que le jugement des hommes n’est pas le dernier mot.
Une personne injustement accusée peut être rejetée par son entourage, mais cela ne signifie pas qu’elle soit coupable devant Allah. La justice divine ne se confond pas avec les préjugés ou les condamnations sociales.
6. La protection de l’honneur est une responsabilité collective.
Le passage nous invite à réfléchir à notre propre rôle dans la propagation des accusations. Avant de partager une information, de répéter une rumeur ou de condamner quelqu’un, nous devons nous demander si nous disposons de preuves et si nos paroles contribuent à la justice ou à l’injustice.
La responsabilité morale ne concerne pas uniquement celui qui invente une accusation, mais aussi celui qui la relaie sans discernement.
En définitive, le verset 26 de la sourate An-Nûr doit être lu à la lumière du contexte de la calomnie, de la défense de l’honneur et de l’innocence des personnes injustement accusées.
Il nous rappelle qu’une société juste ne peut se construire sur les rumeurs, les soupçons et les condamnations précipitées. Elle exige de la prudence dans les paroles, de l’équité dans les jugements et du respect envers la dignité humaine.
Car répéter une accusation ne constitue pas une preuve, et condamner une personne ne nous donne pas nécessairement raison devant Allah.


