Islam et Musulmans

Le divorce dans le Coran : protéger la dignité des femmes et garantir leurs droits matériels

Sourate At-Talâq (65), verset 6

أَسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنتُم مِّن وُجْدِكُمْ وَلَا تُضَارُّوهُنَّ لِتُضَيِّقُوا عَلَيْهِنَّ ۚ وَإِن كُنَّ أُولَاتِ حَمْلٍ فَأَنفِقُوا عَلَيْهِنَّ حَتَّىٰ يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ ۚ فَإِنْ أَرْضَعْنَ لَكُمْ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ وَأْتَمِرُوا بَيْنَكُم بِمَعْرُوفٍ ۖ وَإِن تَعَاسَرْتُمْ فَسَتُرْضِعُ لَهُ أُخْرَىٰ

Traduction du sens :

« Faites-les habiter là où vous habitez vous-mêmes, selon vos moyens, et ne leur causez pas de tort dans le but de les mettre à l’étroit. Si elles sont enceintes, assurez leur entretien jusqu’à ce qu’elles accouchent. Si elles allaitent votre enfant, donnez-leur leur rémunération et concertez-vous entre vous de manière convenable. Et si vous rencontrez des difficultés, une autre femme pourra allaiter l’enfant. »

Les enseignements essentiels de ce verset

Après avoir défini les principes du divorce et les délais d’attente, le Coran aborde ici des questions très concrètes : le logement, les dépenses, la grossesse, l’allaitement et la rémunération de la femme.

Ce verset montre que la séparation conjugale ne fait pas disparaître les responsabilités matérielles et humaines. Au contraire, il impose des obligations destinées à protéger la femme et l’enfant.

1. Le logement de la femme est un droit qui doit être respecté.

« أَسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنتُم مِّن وُجْدِكُمْ »

Le Coran demande de fournir aux femmes un logement correspondant aux moyens financiers de l’homme.

Cette disposition rappelle que le divorce ne donne pas le droit de priver arbitrairement une femme de son lieu de résidence pendant la période concernée.

Le niveau du logement doit tenir compte des capacités économiques réelles, sans pour autant devenir un prétexte à la négligence.

2. Il est interdit d’utiliser les difficultés matérielles comme moyen de pression.

« وَلَا تُضَارُّوهُنَّ لِتُضَيِّقُوا عَلَيْهِنَّ »

Cette formulation est particulièrement importante.

Allah interdit explicitement de causer du tort aux femmes dans le but de rendre leur situation difficile.

Il ne suffit donc pas de respecter formellement une obligation : il faut également s’abstenir de toute stratégie visant à humilier, contraindre ou pousser une femme à renoncer à ses droits.

Le logement, les ressources financières et les conditions de vie ne doivent jamais devenir des instruments de vengeance.

3. La grossesse entraîne une obligation d’entretien jusqu’à l’accouchement.

« وَإِن كُنَّ أُولَاتِ حَمْلٍ فَأَنفِقُوا عَلَيْهِنَّ حَتَّىٰ يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ »

Le Coran prévoit explicitement que les femmes enceintes doivent bénéficier d’une prise en charge financière jusqu’à leur accouchement.

Cette disposition tient compte de leur situation particulière et de la responsabilité liée à la grossesse.

Elle montre également que les obligations ne disparaissent pas simplement parce que le lien conjugal est en voie de dissolution.

4. L’allaitement doit être reconnu comme un travail qui mérite une rémunération.

« فَإِنْ أَرْضَعْنَ لَكُمْ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ »

Cette prescription mérite une attention particulière.

Le Coran reconnaît explicitement le droit de la femme à recevoir une rémunération lorsqu’elle allaite l’enfant.

Autrement dit, l’allaitement ne doit pas être considéré comme une prestation que l’homme peut exiger gratuitement au seul motif qu’il est le père de l’enfant.

Le texte reconnaît une dimension économique au travail d’allaitement et affirme le droit de la femme à être rémunérée pour cette prestation.

5. Les décisions concernant l’enfant doivent reposer sur la concertation.

« وَأْتَمِرُوا بَيْنَكُم بِمَعْرُوفٍ »

Le Coran demande aux deux parents de se concerter et de rechercher des arrangements convenables.

Même après la séparation, la relation entre les parents ne doit pas être dominée par les conflits personnels.

L’intérêt de l’enfant et le respect mutuel doivent rester au centre des décisions.

6. En cas de désaccord, une solution alternative doit être recherchée.

« وَإِن تَعَاسَرْتُمْ فَسَتُرْضِعُ لَهُ أُخْرَىٰ »

Si les parents ne parviennent pas à trouver un accord sur l’allaitement, le Coran prévoit la possibilité de confier cette tâche à une autre femme.

Cette disposition montre que les besoins de l’enfant ne doivent pas devenir les victimes du conflit entre les parents.

Elle rappelle également que le désaccord ne doit pas conduire à une impasse : il faut rechercher une solution permettant de préserver les intérêts de l’enfant.

La grande leçon de ce verset

Ce verset révèle une dimension essentielle de la justice coranique : la séparation conjugale ne libère personne de ses responsabilités humaines.

Le logement, l’entretien financier, la grossesse, l’allaitement et la rémunération sont abordés avec une précision remarquable.

Le Coran ne considère pas la femme comme une personne dont les droits disparaissent avec la fin du mariage. Il reconnaît ses besoins, protège sa dignité et lui garantit des droits matériels.

Il rappelle également que l’enfant ne doit jamais devenir un instrument de conflit ou de pression entre ses parents.

La véritable justice ne consiste pas seulement à mettre fin à une relation conjugale dans les règles, mais aussi à assumer dignement toutes les responsabilités qui subsistent après la séparation.

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