Sourate At-Talâq (65), verset 8
وَكَأَيِّن مِّن قَرْيَةٍ عَتَتْ عَنْ أَمْرِ رَبِّهَا وَرُسُلِهِ فَحَاسَبْنَاهَا حِسَابًا شَدِيدًا وَعَذَّبْنَاهَا عَذَابًا نُّكْرًا
Traduction du sens :
« Que de cités se sont rebellées contre le commandement de leur Seigneur et de Ses messagers ! Nous leur avons alors demandé des comptes avec rigueur et leur avons infligé un châtiment terrible. »
Les enseignements essentiels de ce verset
Après avoir exposé les règles qui encadrent les relations conjugales, le divorce et les responsabilités financières, le Coran élargit ici son discours à une réalité beaucoup plus générale : les conséquences de la transgression des limites divines.
Le verset rappelle que les prescriptions divines ne sont pas dépourvues de sens ni de conséquences. Elles engagent la responsabilité des individus et des sociétés, et leur mépris peut conduire à de graves conséquences.
1. La désobéissance peut devenir un comportement collectif.
« وَكَأَيِّن مِّن قَرْيَةٍ »
L’expression évoque le grand nombre de cités et de communautés qui ont connu les conséquences de leur comportement.
Le Coran ne parle donc pas uniquement de fautes individuelles. Il attire également notre attention sur les sociétés dans lesquelles la transgression devient une pratique collective, une culture ou un système.
2. La transgression ne consiste pas seulement à commettre une erreur, mais peut devenir une attitude de rébellion.
« عَتَتْ عَنْ أَمْرِ رَبِّهَا وَرُسُلِهِ »
Le terme « عَتَتْ » exprime une forme de rébellion, d’arrogance et de dépassement des limites.
Il ne s’agit pas simplement de commettre une faute par faiblesse ou par ignorance, mais de s’écarter avec obstination des commandements divins et des enseignements transmis par les messagers.
Ce passage nous invite à réfléchir à la différence entre l’erreur humaine, qui peut être suivie d’un repentir, et l’attitude persistante de défiance et d’arrogance.
3. Les sociétés ne sont pas dispensées de rendre des comptes.
« فَحَاسَبْنَاهَا حِسَابًا شَدِيدًا »
Le verset rappelle que les communautés, comme les individus, ne sont pas à l’abri des conséquences de leurs actes.
Une société ne peut pas considérer que sa puissance, sa richesse, son organisation ou son influence la placent au-dessus de toute responsabilité morale.
Le pouvoir et la prospérité ne constituent pas une garantie d’impunité.
4. La transgression a des conséquences graves.
« وَعَذَّبْنَاهَا عَذَابًا نُّكْرًا »
Le texte souligne la gravité des conséquences auxquelles peuvent être exposées les communautés qui persistent dans leur rébellion.
Cette mise en garde rappelle que les limites morales et divines ne doivent pas être traitées avec légèreté.
5. Les règles qui organisent la vie familiale s’inscrivent dans une vision plus large de la justice.
Le contexte de la sourate est particulièrement intéressant.
Après avoir parlé des droits des femmes, des obligations financières, du logement, de l’allaitement et du traitement équitable lors d’une séparation, le Coran évoque les sociétés qui se sont rebellées contre les commandements divins.
Cela nous rappelle que le respect de la justice dans les relations familiales n’est pas une question secondaire. Il fait partie d’une responsabilité morale plus vaste.
L’injustice envers les personnes les plus proches de nous ne devient pas acceptable simplement parce qu’elle se déroule dans la sphère privée.
La grande leçon de ce verset
Ce verset nous rappelle qu’aucune société, quelle que soit sa puissance ou sa prospérité, ne peut se considérer au-dessus de la justice et de la responsabilité morale.
La transgression des limites divines, lorsqu’elle devient une attitude collective et persistante, n’est pas sans conséquences.
Il nous invite également à comprendre que la religion ne concerne pas uniquement les pratiques cultuelles : elle engage notre manière de construire nos sociétés, d’exercer le pouvoir, de respecter les droits et de traiter les autres.
Une société ne se mesure pas uniquement à sa richesse, à sa puissance ou à son développement, mais aussi à sa capacité à respecter la justice et à ne pas transgresser les droits des autres.


